Didier Julia s’explique sur le voyage en Irak
Les trois députés de l’UMP, revenus de leur « initiative personnelle » de prise de contacts en Irak, ont fait la « Une » des journaux. Didier Julia s’explique pour « La République ».
Jean-Michel Breittmayer
La République
Publié le 23 septembre 2002
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Sur le plan strictement pratique et en dehors des questions de fond et de motivation, Didier Julia précise : « Il s’agissait d’un voyage organisé par le consortium d’une entreprise française qui travaille en Irak, l’Ofdic (Office français pour le développement de l’industrie et de la culture). Mais, à la base, il y a eu notre initiative personnelle, celle de Thierry Mariani, d’Éric Diard et de moi-même, de faire entendre la voix de trois parlementaires français devant un risque de guerre imminent, alors que peu de monde se soucie de parler aux Irakiens, en face, et de savoir ce qui se joue réellement chez eux ! Nous sommes donc passés par ce consortium, qui réalise tout de même un chiffre d’affaires de trois milliards et demi de francs par an avec l’Irak. Et, contrairement à ce que d’aucuns prétendent, nous avons demandé l’autorisation au Quai d’Orsay, le directeur des Affaires du Moyen-Orient nous faisant seulement savoir qu’il ne serait pas opportun d’arriver à Bagdad au moment de la commémoration du 11 septembre et qu’il vaudrait mieux partir le 13, ce que nous avons fait. »
Sans ambages
Et le député de Seine-et-Marne précise sans ambages que Dominique de Villepin, chef de la diplomatie française, était parfaitement au courant, le seul « feu orange » évoqué par la presse venant d’un « fonctionnaire de second plan du ministère », et dont les trois parlementaires, forts du feu vert en haut lieu, n’ont eu que faire. Bon. Mais alors, comment expliquer ce malaise dans la classe politique et faut-il parler d’hypocrisie chez certains ? Didier Julia est réputé pour ne pas mâcher ses mots et en connaître aussi toute la valeur, sachant les peser : « Il est vrai que le Premier ministre et, a fortiori, le Président de la République n’étaient pas forcément au courant, mais la question est de savoir si des parlementaires doivent n’agir que le petit doigt sur la couture du pantalon, en godillots, ou bien s’il est de leur devoir de prendre des initiatives pour faire avancer la paix, comme c’était le cas ! On a dit qu’il était choquant que nous nous soyons rendus dans un avion privé portant cocarde tricolore. Mais tout parlementaire peut se balader avec une cocarde sur sa voiture ou son vélo, que je sache ! »
Visiblement, Didier Julia, qui s’attendait à être reçu par « quatre ou cinq parlementaires » irakiens, ne cache pas son heureuse surprise de trouver au bas de la passerelle toute une délégation. Avec, comme suite de la visite, « réception à l’Assemblée nationale par son président, par la commission des Affaires étrangères au grand complet ».
Si l’on a bien compris !
Les trois parlementaires « qui ne venaient pas au nom du gouvernement » (et non plus, si l’on a bien compris M. Debré, au nom du parlement !) ont tenu à leurs hôtes des propos « virils » que Didier Julia résume ainsi : « Comme nous venions à titre personnel, nous avons parlé avec notre cœur et leur avons dit : « Nous pensons que vous êtes dans un régime totalitaire que nous n’approuvons pas. Mais nous sommes très attachés au peuple irakien, à cette vieille civilisation babylonienne. Or, les Américains veulent vous détruire pour vous prendre votre pétrole ! »
Un langage direct, en effet, et pas tellement diplomatique. Auquel les Irakiens auraient répliqué : « Que nous acceptions le retour des inspecteurs ou pas, de toute façon nous serons bombardés. » Didier Julia intervenant alors : « Le président Chirac estime que si vous acceptez la venue des inspecteurs, l’ONU n’acceptera jamais une attaque qui, dès lors, serait devenue illégitime. »
A toutes les critiques et à toutes les hypocrisies, au double, voire au triple langage qui a fleuri l’autre semaine, Didier Julia répond « Si nous avons pu apporter ne serait-ce qu’une microscopique pierre pour faire notre devoir, alors nous n’aurons pas été là-bas en vain ! »
Le député insiste sur une prophétie : « Le fondamentalisme se nourrit de la misère, le pire qui puisse arriver c’est un état fondamentaliste et anti-occidental à tout crin. La même chose qu’en Iran et qu’avec les Taliban d’Afghanistan. »
J.M.T.BREITTMAYER
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