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Avec Paul Cézanne à Maincy, il suffit de passer le pont

Le peintre Paul Cézanne a effectué plusieurs séjours en Seine-et-Marne. Il est resté à Melun de nombreux mois, peignant dans la ville, au Mée-sur-Seine et à Maincy. Il est venu également à Fontainebleau, attiré par la forêt.


Michel Prigent

La République
Publié le  20 janvier 2003
Pascale Coffinet, maire de Maincy, est également artiste peintre. Elle a reproduit le Pont de Maincy de Cézanne, autorisée à en réaliser une copie au musée d’Orsay

C’était un bonhomme tranquille et sans histoires, un homme discret qui n’aimait pas se faire remarquer. Cet homme, qui se promenait à pied dans les rues de Melun et dans les communes environnantes, chevalet sur l’épaule et boîte de couleurs sous le bras, c’était le grand peintre Paul Cézanne, un de ces maîtres du XIXe siècle finissant.

Marqué par l’impressionnisme, il influença Gauguin, les peintres de l’école de Pont Aven et les Nabis. Il est aussi un précurseur et considéré comme le père du cubisme alors que les Fauves se réclamèrent de lui. Dans ses pérégrinations, le peintre de la montagne Ste-Victoire, des natures mortes aux pommes, des baigneuses et des joueurs de cartes aimait découvrir d’autres lieux d’inspiration. Il a été très sensible à l’Ile-de-France, vivant régulièrement à plusieurs endroits, de Melun à Auvers-sur-Oise, en passant par des séjours à Marlotte, Fontainebleau et Giverny. De ces passages demeurent des chefs d’œuvres dont les lieux représentés ne furent identifiés que tardivement.

Les Niches au Mée

C’est le cas pour deux peintures réalisées près de Melun lors de son séjour qui s’étend sur huit mois à partir d’avril 1879. La première représente la ville, peinte depuis « Les Niches », précisément l’actuelle rue Pipe-Souris au Mée-sur-Seine. On a longtemps cru que cette toile représentait Pontoise. Une autre (de la collection Barnes), représente la place devant la préfecture de Melun avec, en fond, l’église St-Aspais. Cézanne vivait d’ailleurs sur cette même place St-Bathélémy et une plaque est apposée aujourd’hui sur la maison où il louait un logement.

Durant ce séjour (il s’absenta dix jours pour aller voir son ami Zola à Médan), on ne sait même pas si sa compagne et son fils étaient avec lui. On parle également d’un autre logement qu’il aurait occupé rue des Trois Moulins, mais, rien n’est sûr. En tout cas, près de là, à la limite de Melun et de Maincy, il a réalisé une de ses toiles marquantes, aujourd’hui conservée au musée d’Orsay, « le Pont de Maincy ». Longtemps, on a cru qu’il s’agissait du pont de Mennecy, l’erreur venant sans doute de la transcription orale teintée par l’accent provençal. Ce tableau, à la construction très classique révèle la richesse de la palette de Cézanne, particulièrement dans les verts tendres traduisant le printemps.

Le passage de l’Almont

Pascale Coffinet, maire de Maincy et artiste peintre, a beaucoup étudié cette toile qu’elle a même reproduite à Orsay avant de l’installer dans la salle du conseil de sa ville. Une fort belle copie qui traduit bien l’atmosphère particulière qui se dégage du gué et de cette passerelle reliant les châteaux du Coudray et des Trois Moulins. Elle a même observé, que le tableau avait sans doute été peint vers 15 heures, en repérant un reflet très particulier sur l’eau. Il s’agit d’une œuvre charnière dans la carrière de Cézanne, entre une période classique et la découverte de du style qu’on lui connait.

Le pont en bois appuyé sur deux supports en pierres avait son utilité compte tenu de l’importante activité de meunerie. Les grains étant travaillés ici, par les moulins à eau installés sur les bords de l’Almont. Ce pont avait été construit en 1822 par le colonel Johnson, propriétaire duc château du Coudray et celui-ci avait même demandé à la mairie de détourner la route. Les actes attestent que cela fut fait.

Renoir à Marlotte

Autres spécialistes a avoir étudié Cézanne en Seine-et-Marne, Anne-Claire Lussiez, conservateur du musée de Melun qui a écrit sur le sujet et le peintre Jack Chambrin, qui a identifié les lieux des toiles dans notre département. Mais, Cézanne est venu également à Fontainebleau et Patrick Daguenet, dans son livre récent « Fontainebleau et ses villages d’art » (Presses du Village) rappelle que l’artiste vint en 1872 à Marlotte avec sa compagne et son fils (il louait un logement aux Glycines), à Barbizon, Chailly et Montigny.

Il fit un autre séjour en 1877 et on sait que le marchand Ambroise Vollard le chercha en 1895 à Fontainebleau. Il y retrouva sa trace en se renseignant chez les marchands de couleurs mais l’artiste venait de repartir pour Paris ! Entre 1895 et 1905, Cézanne loua des appartements à Fontainebleau rue de la Courbe et rue St-Louis, puis encore à Marlotte alors que son fils venait voir celui de Renoir, son ami. Une douzaine de toiles ont été peintes en forêt de Fontainebleau, notamment des neiges et Cézanne écrit d’ailleurs qu’il en fit une par une température de -25°. Les derniers séjours dans la ville impériale eurent lieu en automne 1904 et durant l’été 1905, ils sont attestés par des courriers et des dessins du parterre du château, du bassin de Romulus et de l’église d’Avon.

Emouvant : une de ses dernières lettres à son fils évoque ses dernières aquarelles, réalisées dans le genre de celles qu’il peignait à Fontainebleau. Il s’éteint en 1906.

Michel PRIGENT

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