Avec Hubert Reeves nous avons fait un rêve
Du délire, jeudi soir, pour recevoir le célèbre astrophysicien Hubert Reeves à l’Insead : un millier de personnes, du jamais vu ! Il a fallu, en plus du grand amphi, ouvrir d’urgence les trois derniers amphithéâtres.
Jean-Michel Breittmayer
La République
Publié le: 17 janvier 2000
Il a un petit air de professeur Tournesol, mais beaucoup moins dans la lune, si près des gens, si pédagogue, tellement en phase avec son auditoire qu’on ne peut qu’aimer ce savant, cette bête de scène, barbe aimable, sourire malicieux, le sens des médias, prophète inspiré ! Hubert Reeves a débarqué sur notre planète, escorté d’une nuée de talki walky, gentils organisateurs et gardes du corps, acclamé par un amphithéâtre principal bondé, tandis que trois autres amphis pleins également à ras bord, étaient prêts à suivre sa prestation. Comme tout cela demandait du temps et que la ferveur chamboulait une organisation pourtant sans faille, le bon professeur résolut alors de devancer la séance d’autographes, mais en prévenant : « Je mettrai seulement mon nom, pour aller plus vite, mais généralement il y a des gens qui me demandent de préciser : « A l’intention de la tante Ursule » ! Hein, vous me comprenez ! » Tout cela dit dans un délicieux accent et comme désolé de devoir se restreindre à ce point ! En tout cas, pour un libraire de Fontainebleau venu vendre les chefs d’œuvres du Maître, cette soirée fut fructueuse !
« La vie dans l’Univers ». Rien que ça ! Un vertigineux voyage à la portée de toutes les compréhensions. Comment font donc les grands esprits pour débiter ainsi les plus subtiles révélations psychologiques, philosophiques, scientifiques ? En étant grands, pardi !
Gigantesque et négligeable
Le verbe s’amuse et jongle : l’année lumière, qui dépasse l’entendement et pourtant se mesure ! Un chiffre à donner le tournis : 10.000 milliards de kilomètres, gigantesque mais négligeable pour l’espace que sondent les télescopes optiques les plus puissants : « Nous pouvons voir des objets stellaires jusqu’à dix milliards d’années lumière, plus exactement comme ils étaient voici dix milliards d’années ! »
Hubert Reeves incite au rêve, montrant une image de synthèse de ce qu’était, probablement, l’état de l’univers dans sa prime jeunesse, rapportée aux quinze milliards d’années qui lui sont maintenant attribués, trois cents millions d’années après le Big Bang ! L’orateur compara cela à une soupe, plutôt à une « purée sans grumeaux » où les particules élémentaires allaient commencer leur lente et merveilleuse évolution vers la complexité. Et de citer Pascal et son effroi devant « le silence éternel des espaces infinis », ainsi que Freud sensible au « choc astronomique que produit sur nos esprits le bouleversement de nos modélisations de l’univers. »
Beaucoup de jeunes prennent des notes. Il doit bien y avoir quelque enregistrement pirate. L’esprit chavire : « Quarante millionièmes de seconde après le Big Bang apparaissaient les protons et les neutrons. Trois milliards et huit cents millions d’années allaient s’écouler avant la formation des premières cellules ! »
La merveille d’exister
Le « Je pense donc je suis » de Descartes, rejoint par la merveilleuse constatation de Paul Valéry : « Vivre, je ressens, je respire mon chef-d’œuvre, je nais de chaque instant pour chaque instant. Vivre ! Je respire, n’est-ce pas tout ? » tout cela est résumé par ce constat scientifique : notre corps, formé de cent milliards de milliards de particules élémentaires dont l’association stupéfiante nous permet la prouesse de penser : j’existe !
Poussières d’étoiles, les hommes, qui se sont pour l’instant épargnés la guerre nucléaire, mais devant lesquels sont d’autres risques : les photos prises de l’espace montrent l’effarante croissance des dangers. Lumières des villes, torchères brûlant le méthane des puits de pétrole, incendies de forêt : « combien de temps une civilisation peut-elle survivre à son industrialisation ? »
En tout cas, que le professeur Henri Claude de Bettignies, à l’Insead, nous convie souvent à entendre de tels conférenciers. Tenez, pas plus tard que le jeudi 27 janvier, à 20 heures 15, un autre grand esprit, le professeur Albert Jacquard, généticien.
J.M.T.B.
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