Le docteur Monique Binart erre toujours dans ses amnésies
Elle ne se souvient plus . Elle ne sait même pas si elle était là le soir du drame. C’est une femme se contentant de se réfugier dans un oubli protecteur, qui était à la barre lundi dernier. Spectacle inconsistant d’une justice qui à force de saucissonner l’affaire, se donne à peine les moyens de connaître l’entière et essentielle vérité.
La République
Publié le: 30 avril 2001
Près de six ans et demi après le drame, cinq ans et demi après la découverte des quatre corps de la famille Davila-Sané et dix mois après la condamnation à perpétuité en cour d’assise de l’assassin Edgard Boulai, Monique Binart, son ancienne compagne, comparaissait lundi dernier devant le tribunal correctionnel de Melun. Une affaire dans l’affaire si l’on peut dire, puisque, loin de la fureur du drame de septembre 1995, elle n’avait à répondre cette fois que de «destruction de preuves».
En attente d’explications
A 47 ans, Monique Binart apparaît physiquement comme l’ombre d’elle-même. Le poids sans doute de ce qu’elle a vécu ces dernières années. Des épreuves qui, toutefois, ne sont rien à côté de l’horreur qu’ont traversée les parties civiles; les familles des victimes qui pourtant, symboliquement, réclament le franc symbolique. Elles sont surtout venues entendre les explications du médecin de Dammarie sur la grande zone d’ombre couvrant cette partie de sa vie.
Enveloppée dans une large veste noire qui la fait paraître plus petite encore, le docteur Binart vient se blottir près de son avocat Me Patrick Maisonneuve, le plus loin possible de ces familles qu’elle dit redouter et attend le feu des questions. Elle sait - contrairement au procès de Boulai où elle comparaissait comme simple témoin - que cette fois, elle joue gros. Elle risque en effet trois ans de prison et 300.000 F d’amende. Mais n’a-t-elle pas échappé déjà au pire grâce au non-lieu prononcé par la chambre d’accusation? (lire encadré).
D’une voix sourde mais ferme, le docteur Binart va tenir sa position des assises: la confusion des souvenirs, le doute, une distanciation totale avec les faits. Elle n’est jamais vraiment présente Mme Binart, elle se contente de «se voir faisant ceci ou cela»: «Je suppose en effet.... précautions oratoires qui doivent la placer hors jeu... tant de temps et d’épreuves ont passé. La présidente a beau lui rappeler ses dépositions de juillet 96 lors de son interpellation: ces «cris brefs, saccadés, comme des animaux qu’on égorge» qu’elle dit avoir entendus la nuit du massacre alors qu’elle était bouclée par Boulai dans un cabanon proche de la maison du drame: elle se remet à douter. «Je ne sais plus si j’ai réellement entendu çà». En permanence son avocat s’interpose. Ce n’est pas cette partie là de l’affaire qu’on est venu juger aujourd’hui. Ce qui doit intéresser les juges, c’est seulement cette histoire de «destruction de preuves», la seule charge pesant toujours sur Mme Binart.
Lettres jetées
De quoi est-il question? En juillet 1996, dix mois après le massacre, les corps de Stéphanie Sané, Donald Davila et leurs deux enfants de 3 et 2 ans n’ont toujours pas été retrouvés. On ne parle pas encore de meurtre mais de disparition. L’enquête progresse toutefois. Du fond de la prison de Melun où il est incarcéré pour une énième conduite en état d’ivresse, Edgard Boulai est interrogé par les policiers sur la famille disparue. Il prend peur. Dans deux lettres successives qu’il fait sortir des murs, il demande à Monique Binart d’aller «faire un tour dans la maison de Vaux-le-Pénil» pour vérifier certaines choses concernant un matelas. Il lui dicte également sa conduite et ce qu’elle doit répondre si elle est à son tour entendue. Justement, Monique Binart, qui rentre de vacances, est convoquée par la police pour la fin juillet. Lorsqu'elle reçoit ces lettres, elle les lit en pleine rue devant la boulangerie où elle achète quotidiennement son sandwich, les déchire et les jette dans une poubelle publique. «Comment comprendre votre geste?» s’étonne la présidente. «Habitude professionnelle, répond la prévenue. Je les ai lues en diagonale, j’étais particulièrement énervée par cette affaire». Réponse de Me Catala, avocate de la partie civile: «Cette lettre parle de la disparition d’une famille de quatre personnes dans une maison où Boulai habitait et où vous vous rendiez souvent et vous la considérez comme une lettre anodine, un vulgaire prospectus? Je veux bien que l’on soit tous pris pas notre boulot, mais ne me dites pas qu’alors, vous ne prenez pas conscience de l’importance de l’affaire...».
Dans les jours qui suivront, Monique Binart se rendra à sa convocation au commissariat de Melun. Là, elle se libérera, confessant les lettres jetées et «les cris des animaux qu’on égorge». Un véhicule de police, toute sirène hurlante, foncera vers la poubelle publique de Dammarie. Une heure plus tard, face aux morceaux du puzzle reconstitué, l’affaire des disparus de Vaux-le-Pénil pourra enfin démarrer. Dans sa douleur, Gilberte Crosvisier, la grand-mère qui depuis des mois crie dans le désert que l’on a exterminé sa famille est enfin entendue.
Lundi, le substitut deu procureur M. Gory qui avait déjà requis contre Boulai a demandé une peine de prison contre Moonique Binart (deux ans dont une partie assortie du sursis) et 50.000 F d’amende. Jugement rendu le 21 mai.
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