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Incendie au haras de Marcel Rozier

Samedi matin, un incendie a ravagé l’une des écuries de Marcel Rozier, au haras des Grands Champs, à Bois-le-Roi. 25 chevaux de concours sont morts prisonniers dans leurs boxes. Quatre d’entre eux ont pu être évacués à temps.


Agnès Gaudichon

La République
Publié le:  03 septembre 2001

«Voir ses chevaux mourir sans pouvoir rien faire, c’est comme regarder quelqu’un brûler dans une voiture». Samedi matin, Marcel Rozier, propriétaire du haras des Grands Champs de Bois-le-Roi, contemplait abasourdi les décombres encore tièdes d’une de ses écuries.

En une demi-heure, un incendie a ravagé le bâtiment où logeaient une trentaine de chevaux. Vingt-cinq d’entre eux sont morts carbonisés. Quatre autres ont pu être évacués à temps.

«Vers 6 h 40 du matin, j’ai été réveillé par le jappement bizarre de mon chien, témoigne, brisé par l’émotion, Marcel Rozier, qui habite à une centaine de mètres du lieu du drame. Puis j’ai entendu une sorte de crépitement, ressemblant à de la pluie. Un cheval hennissait et donnait des coups de sabots contre un box. Au début, je ne me suis pas inquiété. J’ai pensé que les chevaux s’énervaient avant leur départ pour la semaine de l’élevage au Grand Parquet de Fontainebleau». Malheureusement, quelques minutes plus tard, son fils Philippe le prévient par téléphone. Il y a le feu dans un bâtiment du haras.

Brasier

L’alerte est immédiatement donnée. Les premiers départs des pompiers ont lieu à 6 h 54. «Le temps semble bien long, quand on attend les secours et qu’on ne peut rien faire, estime l’ancien médaillé olympique d’équitation. Mais c’était beaucoup trop dangereux de pénétrer dans cette fournaise».

Une vingtaine de minutes après, dix engins et quarante pompiers de Fontainebleau, Bois-le-Roi, Dammarie, Melun, et Champagne-sur-Seine, sont sur place. Les soldats du feu, masqués, disposent même d’un appareil d’assistance respiratoire utilisé pour toutes les interventions lourdes. Mais il déjà trop tard. Le bâtiment n’est plus qu’un gigantesque brasier et le toit s’est effondré.

Les flammes sont éteintes en une demi-heure mais le constat est désolant : 1 000 m2 de bâtiments détruits. Même le toit du manège attenant aux boxes est effondré. C’est vraisemblablement l’asphyxie qui a causé le décès des chevaux prisonniers. «Une épaisse fumée noire se dégageait en effet du local», a observé Marcel Rozier

Incendie criminel ?

La rapidité avec lesquelles les flammes se sont propagées laisse perplexe l’entraîneur. «Le temps était humide et je me pose de sérieuses questions. Je ne crois guère au court-circuit. C’était une écurie neuve que j’avais construite voici cinq ans pour accueillir trente chevaux supplémentaires». Sa réputation et son statut d’ancien entraîneur national de sauts d’obstacles, aux Jeux Olympiques de Sydney, auraient-ils pu lui valoir des ennemis ? A-t-on voulu atteindre des propriétaires de chevaux qui devaient participer à la semaine de l’élevage ?L’expertise et l’enquête de police permettra le confirmer ou non la thèse de l’incendie criminel. Les assureurs, arrivés en milieu de matinée, ont ouvert un dossier.

L’ancien champion possède en tout une dizaine d’hectares et héberge une centaine de chevaux. Son haras est particulièrement réputé. Darie Boutboul et Julien Clerc y ont longtemps mis en pension leurs chevaux. Caroline de Monaco y a placé deux de ses montures. D’après les premières informations recueillies sur le lieu du drame, les chevaux de la princesse seraient sains et saufs. Ils logeraient, en effet, dans d’autres boxes.

Chevaux de valeur

Après l’extinction des flammes, l’épreuve morale continuait cependant pour Marcel Rozier. Il a dû assister à l’évacuation, vers midi, des premiers cadavres d’animaux. Les corps ont été transportés en camion vers la société d’équarrissage de Boissise-le-Roi.

Restait aussi la pénible tâche de prévenir les propriétaires. Certains, en vacances à l’étranger, n’avaient toujours pas pu être joints en fin de matinée. Beaucoup d’entre eux ont perdu des chevaux de grande valeur. A titre d’exemple, l’un des animaux qui a pu être évacué à temps avait été adjugé, voici deux ans, à près de 700 000 F.

Une transaction qui devait se dérouler samedi, au haras, n’a pu se faire en raison de la mort d’un cheval. Il était arrivé la veille pour passer la nuit chez Marcel Rozier. Mauvais coup du sort, également, pour la cavalière Marie Pellegrin qui a perdu deux chevaux de concours. Ils étaient en court transit uniquement pour effectuer un contrôle vétérinaire. L’un d’eux devait participer, ce week-end, à la Grande Semaine de l’Elevage au Grand Parquet de Fontainebleau.

Agnès GAUDICHON

Quatre chevaux à la clinique du Lys

Les quatre chevaux, logeant aux deux extrémités de l’écurie, on pu être sortis à temps. Les autres n’ont pas eu la même chance. Le vétérinaire attitré du haras, Gilles Battail, connaissait pratiquement tous les chevaux qu’il vaccinait et soignait régulièrement. Il suit actuellement les quatre chevaux survivants, qui souffrent de graves brûlures de la peau, d’œdèmes et de lésions pulmonaires. L’un d’eux a eu les cornées brûlées. Les animaux blessés reçoivent des soins intensifs, perfusions et antibiotiques, à la clinique du Lys, à Dammarie. Dimanche soir, leur état semblait stabilisé.

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