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La victoire d’Audrey et des victimes de Montramé

Quinze ans de réclusion criminelle pour Guy-Claude Burger. Cinq ans pour son complice, Jean-Claude Rostaing. Les jurés ont prononcé leur verdict, jeudi soir, aux assises de Melun, à l’encontre des deux pédophiles. Une victoire pour les avocats de la défense qui n’acceptent plus cette idée de « victimes consentantes ».


Agnès Gaudichon

La République
Publié le:  10 décembre 2001
Photo Eric Miranda

A la majorité absolue, les jurés ont prononcé une peine de 15 ans de réclusion criminelle à l’encontre de Guy-Claude Burger, l’ancien chef spirituel du château de Montramé, dans la commune de Soisy-Bouy, au sud de Provins.

Cette décision, prononcée jeudi soir, est une victoire pour Audrey et les autres mineurs reconnus victimes de viols et d’agressions sexuelles. «C’est une décision spectaculaire par la gravité de ses sanctions», a prononcé Me Morice, avocat de la partie civile et spécialiste des sectes. « Les victimes de la secte de Montramé ont enfin été reconnues comme telles ».

Victimes

Autre décision spectaculaire, les jurés ont reconnu également qu’une mineure a bien subi des viols de la part de Guy-Claude Burger et Jean-Claude Rostaing, bien qu’elle soit revenue sur son dépôt de plainte. Elle vit toujours au château de Montramé, avec son bébé de quelques mois.

Mais la jeune femme, constamment encadrée par son compagnon, n’a pas fait part de ses impressions à l’issue des débats.

Par ailleurs, les jurés ont reconnu Guy-Claude Burger et Jean-Claude Rostaing, coupables d’agressions sexuelles et de corruptions de mineurs. Ce dernier, accusé de complicité, a été condamné à cinq ans de réclusion. Les avocats de la défense comptent faire appel.

Enfin, et c’est là un symbole, les jurés ont retenu la recevabilité de la partie civile de Me olivier Morice, au nom de l’UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense de la Famille et de l’Individu). Un avocat à forte carrure notamment très combatif contre l’église de scientologie.

Les jurés n’ont pas non plus cédé aux demandes de Me Thierry Lévy pour renvoyer le procès à une date ultérieure, faute d’avoir pu entendre l’un des principaux témoins de cette affaire de mœurs.

Un témoin capital

Jean Kicin, ancien adepte de Montramé, avait alerté la gendarmerie à deux reprises, et sous deux identités différentes, en dénonçant les agissements au sein du château. Mais les tentatives de recherche internationale, notamment en Belgique, pour retrouver cet homme natif du Luxembourg, se sont avérées vaines.

Ce témoin à charge qui devait comparaître la semaine dernière ne s’est donc pas présenté à l’audience mercredi matin. Il était considéré par la défense comme l’instigateur de la procédure judiciaire. Mais, d’anciens éducateurs avaient déjà alerté les services sociaux plusieurs années avant les accusations portées en 1995. Ces signalements faisant état de circulation de stupéfiants au sein de la communauté étaient restés sans réponse.

Les enquêteurs de la gendarmerie avaient également placé sur écoute les lignes téléphoniques du château dès 1988. Rappelons qu’un mécène avait cédé ce magnifique bâtiment du XIIe siècle, en 1983.

Les jurés n’ont donc pas retenu l’absence de Jean Kicin comme un élément suffisant pour stopper le déroulement du procès. L’avocate générale, Dorothée Dard, a estimé que les témoignages entendus au cours des jours précédentes étaient suffisants pour permettre aux jurés d’établir leur intime conviction, reposant essentiellement sur des auditions en faveur ou à l’encontre de Guy-Claude Burger.

Cartes de visite

En soutien à Guy-Claude Burger, un défilé d’une quarantaine de témoins de moralité à défilé à la barre depuis le jeudi 22 novembre.

Pour la plupart avec des cartes de visite très respectables, et largement déclinées. Ainsi, la fille aînée de Burger, directrice de recherche à l’INSERM, à Toulouse, et décorée de la médaille de chevalier dans l’ordre national du Mérite. Un titre honorifique qui lui a été remis par un ministre. Ou bien, ce professeur titulaire d’une chaire à l’université de Dijon, et venu défendre les théories de Burger, lequel prône notamment le « manger cru » et l’amour libre avec les enfants.

On entendra également ce grand reporter au Laos, ou ce médecin, le docteur Fenot, de Gouaix, près de Provins, qui n’a jamais constaté aucune anomalie au château, en quinze ans d’exercice.

Rien que du beau monde gravitant autour de la Sainte Famille, incarnée par Nicole et Guy-Claude Burger. Ce dernier, dans le box des accusés, aimant d’ailleurs rappeler à qui veut l’entendre ses brillantes notes, ses diplômes scientifiques, son premier prix de violoncelle au conservatoire de Lausanne. « Le château de Montramé était un lieu d’échanges et de débats hautement intéressants, avec des psychiatres et autres médecins, des enseignants, des artistes… », ont rapporté d’anciens séminaristes.

Méthodes « naturelles »

Pour fortifier encore l’image actuelle de la communauté, Nicolas Oberkampf, ancien instituteur, est venu à la barre. Il a aujourd’hui des responsabilités dans la gérance de la société Orkos du château de Montramé. La SARL effectue des bénéfices (plus de 600.000 F par an). De quoi établir enfin des fiches de paie pour les employés. « Nous y pensons sérieusement », a promis le comptable.

Orkos se charge d’assurer la publicité et la vente de ses produits naturels. Les débats ont cependant permis de mettre en lumière comment ces produits « naturels » et « bio » étaient en fait tout simplement achetés à des producteurs locaux. Puis remballés et étiquetés avec la marque Orkos pour les revendre au prix fort.

« Des méthodes naturelles pourtant d’une extrême violence », a plaidé Me Fichot. Car les débats ont fait apparaître les liens qui unissent l’instinctothérapie et la métapsychanalyse. Le « manger cru » étant la première étape avant la mise en condition sexuelle. « Montramé est le seul centre en France où l’on peut apprendre la pédophilie sous couvert des méthodes naturelles », a-t-il été rapporté. Selon des témoins, pour faire carrière à Montramé, il fallait être « méta », c’est à dire appliquer les théories du Burger incitant aux rapports sexuels avec les enfants, et notamment l’inceste.

Ambiance malsaine

De façon plus évocatrice, certains témoins ont rapporté une ambiance de malaise et des scènes suggestives. Celle, par exemple, d’un petit garçon hurlant, enfermé avec un adulte. Ou de cette petite fille pétrifiée également en compagnie d’un adulte. De cette autre enfant, entraperçue encadrée entre deux hommes.

Mais l’on retiendra, de ces onze jours de procès lourd et pesant, un tissu de discours nauséabonds et confus, mêlés de fausses références scientifiques et légendaires. Et surtout avec de fort relents de "société idéale”, de recherche génétique et "d’êtres supérieurement intelligents”. Certaines phrases de Burger, à tonalité xénophobe, resteront aussi à l’esprit.

Mais l’on retiendra surtout l’image bien sage de cette jolie petite métisse, projetée sur écran en salle d’audience. Les cheveux tirés en arrière, au sourire un peu forcé, bien droite dans son petit bermuda blanc, son pull rouge et ses baskets blanches. C’était Audrey, à 10 ans et demi, dans le parc du château de Montramé.

Agnès GAUDICHON

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